L’Écrin – Retour sur « Travaux pratiques » d’Andrée-Anne Dupuis Bourret

« Dans L’Écrin, ma seule tâche est d’être libre. Je laisse la matière parler. »

Andrée-Anne Dupuis Bourret complète ces jours-ci le projet Travaux pratiques, une interface installative qui s’est incrustée dans la vitrine de L’imprimerie de juillet à septembre. Avec patience et constance, l’artiste s’est approprié l’espace, l’a rempli de fragments sérigraphiés, d’objets divers, d’éléments de paysage traficotés… Elle s’est rigoureusement prêtée à l’exercice, consacrant une journée par semaine à configurer, reconfigurer, photographier et filmer l’espace. Nous lui avons demandé de nous partager ses impressions à la veille de la conclusion du projet.

Quelles étaient tes intentions de travail et comment as-tu réussi à prendre possession de l’espace ?
Je désirais profiter de L’Écrin pour m’appliquer à des « travaux pratiques ». Il s’agit d’utiliser des objets qui habitent l’atelier – parfois artéfacts, parfois objets commerciaux — de les sortir de leur contexte et de les déplacer en vitrine. C’est un peu comme si L’Écrin devenait un atelier visible.

Alors qu’un projet d’exposition est circonscrit, L’Écrin est plus proche de l’expérience de l’atelier. Il permet de faire la lumière sur le travail du quotidien et les gestes répétés. Habituellement, c’est par mon blogue que je rends l’atelier perméable aux regards extérieurs. L’Écrin amène une adéquation visuelle avec ma façon de travailler.

Comment ont réagi les passants ?
Dans un contexte urbain, les gens ont plein de choses à voir et le dispositif de la vitrine est courant. Plusieurs passants ne remarquent donc pas que cette vitrine se distingue. Les citoyens qui vivent dans le quartier sont préoccupés à d’autres choses, dont de la simple survie. Cet état de fait me pousse à me demander ce que je fais ici en tant qu’artiste.

Les surprises
Un autre élément très intéressant est la visibilité de la vitrine qui change selon la luminosité. Quand il fait soleil, L’Écrin est le reflet de ce qui se passe dans la rue. Les photos que nous avons prises, par exemple, montrent plus ce qui se déroule de l’autre côté de la rue que du côté de L’imprimerie. Il y a toujours un voile. Je n’avais pas du tout pensé à cette composante en débutant le projet. Ces images sont devenues des chroniques du quotidien.

En après-midi, il y a des hordes de joggeurs (notre voisin est un centre de CrossFit). Quand je filme, ces coureurs créent du mouvement sur la séquence d’enregistrement.

Les bosquets de plantes à l’extérieur de l’atelier interagissent aussi avec certains éléments du dispositif de L’Écrin, créant ainsi une confusion intérieur/extérieur. Et, s’ajoutent à cet environnement, les pancartes de construction et des éléments architecturaux du voisinage. Le dispositif de la vitrine appartient donc à plus grand que lui-même.

L’après — Qu’est-ce qu’il restera de ton expérience de L’Écrin une fois que tu auras cédé la place à une autre artiste ?
Il restera beaucoup d’interrogations. Le fait d’avoir filmé L’Écrin, et les gestes que j’y posais, m’ont permis de repenser le rapport à l’espace. Ce contexte m’a aidé à comprendre mes actions, puisqu’au-delà des objets, mon travail est aussi une forme de chorégraphie.

Crédits photos : Andrée-Anne Dupuis Bourret
Lien au blog d’Andrée-Anne : http://www.aadb.space/blog/

© L’imprimerie, centre d’artistes, 2019