L’Écrin – Retour sur « Tâches inachevées: pièces pour théâtre magique » de Julie-Isabelle Laurin

Julie-Isabelle Laurin a récemment complété le projet Tâches inachevées : pièces pour théâtre magique, un castelet pour marionnette solo, dans la vitrine de L’imprimerie. Avec patience et dextérité, l’artiste a fait évoluer une marionnette à son effigie dans l’espace de L’Écrin. Nous lui avons demandé de nous partager ses impressions à la veille de la conclusion du projet.

Comment décrirais-tu ton parcours artistique ?

J’ai un parcours artistique de sculpteure et de performeuse. J’ai notamment travaillé avec de gros objets et du mobilier domestique que j’éventrais et que je transformais en autre chose. Cet exercice de déconstruction me permettait de découvrir ce qui se trouvait à l’intérieur d’un divan ou d’un matelas par exemple. Cette pratique, très physique, m’a poussée à impliquer mon corps dans le processus. Graduellement, je me suis insérée dans les sculptures et je suis passée à quelque chose de plus performatif. Mon corps est devenu partie prenante de l’environnement bâti et de l’espace public.

Lorsque je performe dans l’espace public, je porte généralement un costume de couleur beige. Fidèle à ma démarche, j’ai apporté l’uniforme dans L’Écrin. Le beige est une teinte qui se fond avec le béton des villes, les statues et monuments, ainsi que les éléments architecturaux. « Mon costume » me permet de devenir un monument vivant. Il y a également quelque chose d’uniformisant et de banal dans le beige. C’est un canevas qui peut s’adapter au contexte et que l’on peut aisément transformer. Il peut être tant un camouflage qu’un élément contrastant.

Bref, c’est tout ce bagage qui m’habitait lorsque j’ai proposé le projet dans L’Écrin.

Quelles étaient tes intentions de travail et comment as-tu réussi à prendre possession de l’espace ?

Lorsque j’ai soumis mon projet à L’imprimerie et aux commissaires, je souhaitais travailler à partir d’histoires personnelles, de projets inachevés et des archives qui en découlent – artéfacts sculpturaux, vêtements, dessins, notes, etc. Je pensais les rassembler et faire des collages. Puis, dans un souci de travailler avec l’imprimé, j’ai pensé me photocopier (impression grandeur nature) dans l’espace de L’Écrin, ce qui m’aurait permis d’être présente et absente en même temps.

Finalement, ça ne s’est pas passé de cette façon. L’échelle s’est considérablement réduite. Mon alter ego est devenu une marionnette que j’ai surnommée Clothilde. J’ai commencé à la façonner deux semaines avant d’entamer le projet, en la concevant comme un prototype pour une marionnette de ma grandeur. J’ai finalement trouvé plus stimulant de maintenir la petite taille de la figurine. J’ai essayé de la faire « comme moi » et je lui ai cousu un manteau beige identique au mien. Son gabarit miniature me permettait de la manipuler d’en haut et d’ainsi avoir une relation performative. J’ai découvert que l’art de la marionnette n’était peut-être pas si loin de ce que je fais comme artiste.

Cette marionnette a suscité beaucoup de joie et de fascination à L’imprimerie. Est-ce que cette réception t’a influencée?

Cette réception enthousiaste m’a permis de m’assumer dans la légèreté du projet. On vit dans un contexte où on a l’impression que l’art doit être sérieux. Ce n’est cependant pas du tout une prescription. C’est chouette d’aller vers quelque chose devant laquelle on peut s’émerveiller. La marionnette est un objet qu’on n’a pas besoin de forcer ; les gens sont simplement curieux de l’observer dans son environnement miniature.
Il faut également dire qu’elle m’a permis de me désinhiber. À certains moments, elle a presque cogné dans la vitre pour avoir de l’attention des passants.

L’après. Qu’est-ce qu’il te restera de L’Écrin?

L’Écrin me propulse dans une nouvelle aventure. Je souhaite faire voyager Clothilde vers d’autres centres d’artistes et des mises en scène renouvelées…

© L’imprimerie, centre d’artistes, 2019