L’Écrin – Retour sur une année de travail avec les artistes-commissaires

L’équipe de L’imprimerie s’est entretenue avec Caroline Boileau et Stéphane Gilot, les artistes-commissaires de L’Écrin. À l’aube de la deuxième année de ce projet unique, ils nous partagent le fruit de leur expérience.

Comment définir L’Écrin ?

L’Écrin est bien plus que l’espace vitrine de L’imprimerie, il s’agit d’un lieu d’exploration dans lequel nous rendons la pratique de l’atelier visible. Ce qui nous intéresse, c’est de développer un espace de liberté et de création pour les artistes. Nous les encourageons à expérimenter des choses qu’ils n’ont pas essayées auparavant.

D’où est venue l’idée du projet ?

L’idée est née lors d’une conversation avec les membres du comité de programmation de L’imprimerie. À L’époque, il y avait le désir de rendre l’espace de la vitrine plus vivant. Nous avons donc proposé un projet de cocommissariat. L’Écrin est à la fois une sculpture et un objet-support. Bien sûr, le lieu est d’abord une vitrine, mais c’est aussi un espace exigu qui propose un défi très particulier. La contrainte est abordée ici comme moteur aux projets des artistes.

Qu’est-ce qui est demandé à l’artiste ?

On demande à l’artiste d’utiliser l’espace pour expérimenter et non pour présenter un travail fini. Il peut essayer quelque chose qui ne fonctionnera pas… le simple fait de tenter quelque chose de nouveau fait avancer le travail.

Pour amorcer le dialogue, nous avons proposé une lecture à chaque artiste, un cadeau qui agit comme un objet-relais. Le livre peut être un essai ou une œuvre de fiction ; il permet de commencer le processus. Nous avons reconnu les artistes dans chacun des livres proposés.

La liste de lecture des commissaires :

Body art, récit de Don De Lillo : proposé à Nicole Panneton
L’espace vide. Écrits sur le théâtre de Peter Brook : proposé à Andrée-Anne Dupuis Bourret
Le musée du silence, récit de Yoko Ogawa : proposé à Judith Bellavance
Au pays des choses dernières : le voyage d’Anna Blume, roman de Paul Auster : proposé à Julie-Isabelle Laurin

Le rapport des artistes à la rue, aux regards extérieurs

Travailler en vitrine, c’est à la fois être visible et invisible. Il y a quelque chose qui est capté, mais dont on ne peut mesurer la portée. Est-ce qu’une impression, même fugace, reste imprimée dans le cerveau des passants, même s’ils ne s’arrêtent pas pour entrer et engager une conversation ?

Ce que L’Écrin a permis aux artistes

L’Écrin a été une amorce pour plusieurs artistes. Par exemple, Nicole Panneton vient de terminer une vidéo composée d’images qu’elle a captées à l’intérieur de L’Écrin. Elle a transformé ce qu’elle y a vécu en un geste performatif et vidéographique. Ce projet sera distribué par le Groupe Intervention Vidéo (GIV).

Andrée-Anne Dupuis Bourret s’est servi de L’Écrin comme d’un cahier d’exercices. Pour elle-même, avec des visiteurs et pour l’œil de la caméra, elle a exploré différentes actions qui mettaient en scène une variété d’images et d’objets.

Pour Judith Bellavance, L’Écrin a permis une première tentative d’installation. Elle fait habituellement ce genre de travail à l’atelier pour la prise de photos. Dans L’Écrin, ses essais devenaient des installations à part entière.

Quant à Julie-Isabelle Laurin, elle a créé une marionnette nommée Clothilde. L’Écrin transformé en castelet.

Le groupe d’artistes formant le Chantier de recherche sur l’image imprimée et photographique a eu un défi supplémentaire, devant cohabiter à plusieurs. Ils ont travaillé à relais, ajoutant des éléments à tour de rôle en s’immisçant dans le travail de l’un et de l’autre.

La suite…

Nous planifions actuellement la deuxième année de L’Écrin. Notre appel de projets est en cours et nous avons très hâte de voir les propositions.

D’ici là, nous débutons ce nouveau cycle de programmation par une proposition d’Ileana Hernandez, présentée en collaboration avec le Festival des arts imprimés de Montréal. Ileana fera cohabiter l’imprimé et la performance pour interroger le rapport de L’Écrin à l’espace public.


Images
Bannière : Judith Bellavance, Les alliances, 2018-2019
Nicole Panneton, Taire ce qui ne peut être dévoilé, 2018 et Caroline Boileau et Stéphane Gilot à la maison de la culture Maisonneuve, 2018

© L’imprimerie, centre d’artistes, 2019